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Dernière minute : LEA FEHNER accepte de participer au jury. J’avais découvert son film lors du Festival de Chartres.J’ai adoré Ca s’appelle « qu’un seul tienne et les autres suivront» Depuis, je conseille à tous de voir ce film puissant et qui raconte des histoires passionnantes.On peut d’ailleurs se procurer le DVD (les bonus sont intéressants) Dans leur grande majorité, Les critiques ont applaudi et les récompenses n’ont pas manqué. Il n’empêche on reste abasourdi de découvrir un premier film de cette qualité. A lire : les notes d’intention de Léa fehner dans la page qui lui est réservée.
Bande annonce édition 2010
(réalisation Claude Barreau et Gérard Lefèvre)
Le film de Turgot « A chacun son masque» remporte le premier prix du festival scolaire et universitaire de Chartres dans la catégorie Lycées.
Festival moins 2 mois
OUF tous les films et leurs fiches sont arrivés au Lycée Raspail.
La maquette -très novatrice cette année- du catalogue est en construction
L’affiche a été envoyée dans les lycées et chez nos partenaires
Bref après un mois de juin laborieux, le Festival s’annonce radieux
Le jury est constitué sur le même principe que depuis le début : la parité. On trouvera autant de professionnels du cinéma que d’étudiants ou jeunes diplômés, surtout universitaires cette année (paris X, St Denis, ESAV de Toulouse en particulier) voir page JURY
NOS FILMS A CANNES
Pour la première fois le CLAP a présenté les 2 films lauréats 2009 dans la catégorie Short Film Corner. ils ont pu être visionnés par des distributeurs de différents pays. S’en est suivi des demandes d’inscription dans des festivals à l’étranger. Pour cette année nous nous sommes contentés de quelques festivals correspondants aux profils de nos films et organisés en France A suivre donc…
PREMIERES RECOMPENSES
3 films du palmarès 2009 ont concouru au concours vidéo 2010 du Festival des Toutes Premières Fois,
Festival qui s’est déroulé fin mars 2010 à GRASSE.
Les résultats sont très encourageants:
« A chacun son masque » présenté par le lycée Turgot (Paris 3ème) a obtenu le prix du meilleur film lycées.
« C’est la St Valentin » présenté par le lycée Diderot (Paris 19ème) a obtenu le prix spécial du jury.
l’Assemblée Générale 2010 s’est réunie le 17 Mars 2010
Etaient présents : Alain Letoulat, Adélaïde Lerat-Pralon, Gérard Lefèvre, Claude Barreau, Pascal Talon, Monique Pinaud, Léa Sanchez, Angelica Nilson, Bauly Sibailly et Sinclair Merad
C’est le premier acte du FESTIVAL 2010.
Compte-rendu établi par Adélaïde.
. Catalogue, affiches, DVD.
Plusieurs maquettes de catalogue sont proposées par Angelica : un dépliant en accordéon, des fiches, la reprise de l’idée du tapis rouge, la forme et la découpe du clap. Après avoir évalué la maniabilité des différentes options, nous tombons d’accord pour un carnet glissé dans une pochette noire, dont une partie déborde pour parachever l’image du clap. Il faut l’éditer en 200 exemplaires et donc être attentif au coût : Pascal est OK pour cette option. Merci Pascal !
Pour le DVD : il contiendra tous les films du festival. Un par personne présente. Il sera attaché au catalogue grâce à un étui. Il faut chiffrer la gravure des DVD pour 200 exemplaires (autant que de catalogues).
Pour les affiches : en prévoir 100 à envoyer sous pli nominatif à chaque responsable de l’option, dans chaque lycée concerné. Les apporter pliées à Alain qui s’engage à les faire envoyer. Merci Alain !
Coté finances : obligation de prévoir le coût des deux claps d’or : 150€.
Les sacs remis à l’entrée (tout noirs et absolument nécessaires selon Léa) seront à acheter chez Métro. Devis à établir rapidement.
. Le règlement du festival.
Durée du film limité à 10 minutes (même si c’est une œuvre d’art !)
Les 10€ demandés à chaque lycée étant difficiles à obtenir en raison de quelques lourdeurs administratives, une somme de 50€ serait versée directement au Lycée Raspail (et non par l’intermédiaire des professeurs).
.. Cannes.
L’idée : présenter les deux gagnants du CLAP d’or 2009 au festival de Cannes, dans la catégorie « Short Film Corner ». Cela pose un problème de droits d’auteur pour la musique, mais aussi de droit à l’image pour les figurants. Il faut :
- préciser dans le règlement que ces films peuvent être envoyés à d’autres festivals,
- donner à chaque lycée un formulaire à renvoyer signé par chaque élève, avec le film (au mois de mai). Ce formulaire atteste que l’équipe candidate autorise l’association à exploiter le film non commercialement.
C’est nécessaire pour mettre les films en ligne, notamment !
Le coût de l’envoi à Cannes : 95€TTC pour le premier film présenté. On semble trouver, en majorité, que ça vaut le coup.Gérard trouve le montant important. Monique propose alors un don de 100€ ! Merci Monique !
.. Nombre de participants/nombre de présents.
L’an dernier, on avait fixé le chiffre de 10 élèves maximum par lycée. Chaque lycée était représenté en 2009, mais pas en nombre suffisant.
Pas de limitation en 2010 du nombre de participants donc. Mais, dans un souci d’équité, on continue à ne pas pouvoir voter pour son propre lycée.
.. Un problème éthique.
Alain soulève la question de l’inégalité entre les différents participants, car les films ne sont pas tous réalisés dans des conditions similaires (certains ont un partenariat, d’autres pas ; certains sont le fruit du travail des élèves, d’autres un peu moins).
Cela pose une autre question éthique plus large : celle de la friction entre le compétitif et le scolaire. On risque de ne plus avoir le soutien du Rectorat qui, selon Alain, pourrait ne plus cautionner cette compétition .
. le jury.
Franck Le Gac, ancien professeur référent au Lycée des Petits Champs, est candidat pour être au jury. Celui-ci n’est pas encore composé mais il y aura, entre autres, trois élèves sortant d’une école de cinéma (le BTS audiovisuel de Boulogne ?).
. un webmaster…
On cherche quelqu’un pour s’occuper du site. Gérard se porte volontaire à partir de septembre 2010. Merci Gérard.
. un photographe…
Richard Pedot ne peut plus assurer la couverture photos du Festival. Claude dit qu’un de ses ami peut endosser ce rôle. Il faut d’ailleurs prévoir un stand pour les photos officielles. Merci Alain !
. un graphiste…
Comme depuis la première édition Gilles Martinière travaille à l’affiche 2010 qui sera verticale afin de répondre aux standards des panneaux d’affichage. Merci Gilles !
. une cinéaste…
Clara Chaurand, qui avait participé au premier festival du CLAP, et qui termine ses études de BTS audiovisuel propose de filmer le festival 2010. Le clip du clap, en somme. Merci Clara!
. un réalisateur de bande-annonce…
Claude évoque les difficultés d’organisation pour réaliser cette bande-annonce dans la hâte (à cause des retardataires !).Pourquoi ne pas faire une BA plus fixe, dont on pourrait se servir plusieurs années de suite ? En utilisant les primés des deux dernières années (huit films), ça fait déjà une matière consistante.
. l’accueil.
Problème de saturation à l’entrée : le pointage avec la liste des noms est trop laborieux. Bauly et Sinclair proposent de faciliter la manœuvre avec un ordinateur et un programme spécial.
On décide de retarder l’heure de l’accueil du festival : 9h30 (c’est mieux que 8h30 !). Le festival lui-même commence à 10 h. Ceux qui arrivent en retard ne votent pas. À noter : on ne sort pas avant 13h.
. Caser un débat sur les écoles de cinéma.
Dans le réfectoire pendant l’entracte ? difficile : cela peut couper la dynamique de visionnage des films et troubler le jugement.
Des dépliants à l’entrée, ou distribués dans les sacs ? à Ça ne remplace pas (et n’exclut pas !) un débat.
À la fin, quand les gens traînent et qu’ils ont envie de discuter ? Pourquoi pas ? Mais alors les représentants des écoles se rendraient disponibles pour répondre individuellement aux questions des gens.
Attention à ne pas faire de pub exclusive pour l’une ou l’autre des écoles privées de cinéma représentée.
Quant à la FEMIS, Louis Lumière, BTS Boulogne, la règle est l’égalité de traitement. (NOTE : depuis cette réunion le CLAP a noué des partenariats avec le CLCF et les 3IS)
. Réélection du bureau
à l’unanimité : Léa, Claude, Gérard.
La réunion prend fin à 19h.
Samedi 3 octobre 2009 14h
Dominique Besnehard et Mia Hansen-Love qui président le jury.
Le Festival 2009 a fermé ses portes. Le tapis rouge est enroulé, le public plus nombreux que l’an passé a pu voir, apprécier 13 films tous différents, témoins de l’extraordinaire créativité du cinéma lycéen.
C’est d’un panorama de la production des films produits dans les lycées parisiens qu’il s’agit.
Quand on connait la faiblesse des moyens mis en œuvre, le peu d’heures dont disposent les professeurs, les acrobaties que doivent réaliser les intervenants on ne peut qu’être profondément admiratifs
Patrick Laudet le nouvel Inspecteur Général des options artistiques a souligné très justement la réussite de ces équipes. L’Education Nationale peut être fière de continuer à permettre l’expression de cette créativité.
L’équipe du CLAP, fera tout pour que ce festival continue à offrir une vitrine et un tremplin à tous les films produits dans les lycées de Paris.
LE CLAP D’OR DU PUBLIC a été attribué au film du Lycée Honoré de Balzac. « Estaba escrito» Un film particulièrement émouvant
LE CLAP D’OR DU JURY est allé à l’unanimité au film du Lycée Turgot « A chacun son masque»
Le jury, sous la présidence de Mia Hansen-Love a été séduit par une histoire au prime abord très insolite mais finalement qui nous renvoie à des situations courantes.
Vous trouverez ces deux films sur le site ainsi que le compte rendu et le clip du Festival.
4 autres lycées placés en seconde position par le public ont pu être justement récompensés
Le lycée Diderot Le lycée Sophie Germain Le lycée Rodin Le lycée autogéré
Nous tenons à remercier la Mairie de Paris, l’Esra, le site des cahiers du cinéma, Arte et France Télévisions qui ont offert clés USB et DVD
La suite? l’envoi de tous les films dans un maximum de festivals. Parions qu’ils n’ont pas fini de surprendre.
2ème Festival du Film Lycéen de Paris
Clap, deuxième ! Le Lycée Raspail a ouvert ses portes, le 3 octobre dernier, à la nouvelle édition d’un tout jeune festival qui se propose de projeter et récompenser les meilleurs travaux des classes parisiennes de l’option cinéma. Cette réjouissante initiative permet à la fois de valoriser les résultats d’activités souvent considérées comme auxiliaires au sein du lycée – on connaît les difficultés des disciplines artistiques – et de les soustraire au simple statut d’exercice.
Nous ne nous attarderons pas sur l’étrangeté qu’il y a à revenir au lycée dix ans plus tard, assez tôt le samedi matin, alors que Paris, prolongeant sa grasse matinée, fonctionne encore au ralenti. La manifestation qui nous accueille intra muros, s’applique à reproduire tous les rituels d’un festival : tapis rouge, distribution de sacoches, amphithéâtre rutilant, présentateur très professionnel, remise de prix. Un impressionnant jury est réuni pour l’occasion : présidé par la jeune cinéaste Mia Hansen-Løve, il compte dans ses rangs, l’ex-directeur de casting et maintenant producteur Dominique Besnehard, Eve Guillou, réalisatrice et directrice de casting, ainsi que trois étudiants de la Fémis. Cette accumulation de signes prestigieux ne semble viser qu’à une chose : affirmer la valeur intrinsèque des films tournés dans le cadre de l’option cinéma, appuyer leur indépendance envers toute forme de tutelle, qu’elle vienne de l’Etat ou des établissements (privés et publics). Le message est clair : nous ne sommes pas invités à évaluer des devoirs collectifs, mais des œuvres à part entière. Le léger (et charmant) goût de simulacre de l’événement n’est que le résultat d’une importante considération : des films négligés partout ailleurs pour leur (apparente) immaturité sont ici indéfectiblement pris au sérieux. Ainsi, leur projection « officielle » évite qu’ils ne fussent tournés pour rien et relégués à jamais dans les poussiéreuses archives d’un CDI. Le CLAP boucle la boucle en soumettant ces films à l’épreuve d’un public à la fois curieux (de cet étrange objet qu’on appelle « film lycéen » et désintéressé (d’une éventuelle notation).
Et les films, alors ? Quelles images d’eux-mêmes, de leur imaginaire ou du monde les lycéens de Paris nous ont-ils offert cette année ? Commençons par les plus attendues. L’un des soucis naturels du lycéen est de faire rire ses camarades. Aucune objection à cela. Seulement, la plupart des films à vocation comique présentés lors de cette édition, n’ont pas su trouver d’autre mode d’expression que celui de la parodie. Or, la parodie n’est bien souvent qu’une façon de se cacher sous des images préexistantes. Paresse de l’imitation sur un registre potache. Qu’il s’agisse de se fondre aux formes d’une émission de télévision (Télélapin, Lycée Bergson), du cinéma muet (C’est la Saint-Valentin, Lycée Diderot) ou du film d’horreur (Derrière toi, Lycée Autogéré), la parodie est toujours asservie à ce dont elle se moque. Dans la mesure où elle revendique le fait de ne pas se prendre au sérieux, elle se juge d’emblée plus faible qu’un film au premier degré. Dommage. Une comédie surprenante a pourtant réussi à sortir de cette logique. Dans La Craie de Clément Laforce (Lycée Rodin), la pénurie de ces petits bâtons blancs en titre, organisée au sein d’un lycée par un professeur de sport frustré, cause une floraison de trafics et d’addictions au poudreux agglomérat. L’astuce du film est d’avoir subverti le signifiant « drogue » par le signifié « craie ». S’en suit un réjouissant comique de l’absurde, assez buñuelien dans l’esprit : l’on assiste, entre autres, à une hilarante scène de deal entre un élève blasé et une prof de français qui, en manque patent de ses précieux consommables, en perd son latin. Le film, plutôt maladroit dans l’ensemble, manie ainsi quelques habiles déplacements.
Pour des films tels que Passage(s) du Lycée Jacques Decour et On aurait dit que… du Lycée Raspail, le cinéma est encore assimilé à un acte de prestidigitation. Tout y est dirigé en vue d’une chute, d’un « truc », d’un tour de passe-passe. Malheureusement, pour boucler ce tour, les deux films empruntent une somme de détours scénaristiques inutilement compliqués. L’emberlificotement des intrigues va parfois jusqu’à brouiller leur seule compréhension. Point positif : leur aimable proposition d’une ballade dans les rues de Paris, d’un petit tour du pâté de maisons. Une école buissonnière bienvenue. Second Life du Lycée des Petits Champs semblait, par l’exploration d’un problème typiquement lycéen – l’échéance du Baccalauréat et ces journées suspendues qui séparent les épreuves des résultats – ouvrir une voie prometteuse. Si le film retranscrit bien cette succession d’heures vides, flottantes, où se mêlent anticipation de l’avenir, sentiment que tout est joué et « blottissement » nostalgique sur trois ans d’études, il cède trop vite au besoin de les remplir. Sa belle « lâcheté » scénaristique se voit donc bombardée de scènes de soirées, de beuveries et autres blagues potaches, où cabotinent à loisir les beaux-gosses de la classe. On s’y donne le spectacle d’une camaraderie acquise, d’une aisance, d’une complicité un poil complaisantes. Le spectateur, pas forcé d’y croire, est libre d’y lire plutôt un malaise.
Deux films méritent d’être salués pour les risques qu’ils ont pris. Rêves d’amours de Mélody Mouchel (Lycée Saint-Sulpice) explore par le texte et les images le champ de la déclaration amoureuse (ici entre deux êtres disparates) avec les armes d’un cinéma poétique, de libre association, aux enchaînements plus affectifs que logiques et dont les saints-patrons sont à chercher du côté de la lignée Godard-Garrel. Très touchant dans son principe intime, chuchoté, sensitif, le film se brûle les ailes aux abords de références écrasantes (Proust, Chostakovich, Pialat) et trébuche sur ses cadrages timides, ses gestes mal assurés. Mais précieux car pétris de tremblements adolescents. Citons son beau pitch, tiré du catalogue : Déclaration d’amour : « l’apparence réelle de ton corps que je n’ose toucher, approcher, ni même parler (sic) et qui me gouverne depuis des jours et des mois, je veux devenir une ombre de toi ». De l’autre côté s’aventure, quant à lui, sur un versant voisin de la modernité cinématographique : celui des courts-circuits de la mémoire, des surgissements du passé dans le présent, de la subjectivité individuelle au cœur des grandes installations urbaines. Disons : quelque part entre Resnais première période et Chris Marker. Le parcours d’un élève dans les couloirs d’un lycée en travaux provoque l’étrange interférence de ses souvenirs personnels avec une sorte de conscience « historique ». Là aussi, le pari n’est qu’à moitié tenu dans la mesure où l’atonie de l’ensemble paralyse l’émotion. Le film s’englue malheureusement dans un entre-deux temps pourtant courageux, sans que le trouble attendu n’intervienne. Une haute ambition, tout à fait louable, prise dans les rets d’une trop tiède grisaille.
On imagine aisément un cinéphile adulte, sorti depuis longtemps du lycée, venant à cette manifestation en philanthrope bonhomme, plein de condescendance attendrie pour ces charmants objets imparfaits qu’il vient découvrir en curieux, mais qu’il estime bien peu capables d’apporter la moindre concurrence aux grands maîtres de son panthéon personnel. Ce spectateur se déplace, docte pervers, pour s’amuser de la maladresse d’exécution des lycéens, ou, sociologue inquiet, pour repérer quelles images publicitaires polluent l’imaginaire de ces jeunes élèves. Il n’a cependant jamais envisagé de se rendre disponible au simple plaisir esthétique, pourtant susceptible d’éclore n’importe où, n’importe quand. Quelle surprise aurait-il rencontrée, ce spectateur, s’il s’était retrouvé devant A chacun son masque du Lycée Turgot. Placée en deuxième place du programme, cette réalisation collective et impure, récompensée par le prix du jury, a tué dans l’œuf, par la grâce de son exécution, toute forme de compétition. Son sujet paraît pourtant banal, au premier abord : l’arrivée dans une classe d’une nouvelle élève que sa réputation de difformité précède. La grande intelligence du film tient à ce qu’il s’empare d’une problématique cardinale au sein du lycée mais partagée par l’ensemble de la société (et de toutes les sociétés). Un problème à la fois typique et universel. Ce faisant, l’habituel écueil de l’interprétation est évité. Les comédiens du film, au lieu de mimer ce qu’ils connaissent mal, restituent leurs propres rôles de lycéens. Ils rejouent, devant les caméras, ce qu’ils jouent déjà toute l’année dans la cour de récréation. Résultat : ils sont grandioses, tous impressionnants. Ensuite, le film ne se fatigue jamais à raconter son scénario. La mince intrigue se développe et se résout dans le maillage d’une argumentation-fleuve. Les élèves ne cessent de discuter, de débattre, de se convaincre et d’objecter. Le bâtiment du lycée (et ses alentours) devient un espace citoyen où se discutent les fonctionnements d’une petite communauté, chamboulée par la nouvelle arrivante. Un espace d’effervescence politique où la langue est reine.
Autre trouvaille pertinente du film : la nouvelle arrivante est masquée d’un informe tissu noir qui ne laisse deviner aucun trait de son visage. À la place de ce dernier, un gouffre, un trou noir, où peuvent se loger toutes les déclinaisons possibles d’une peur de l’inconnu (le port du voile à l’école, les barrières culturelles, les différences physiques, etc.). Rien ne nous sera révélé de ce qu’il dissimule. À force d’opacité, il devient surface réfléchissante et présente aux élèves une image d’eux-mêmes peu flatteuse : cette apparente bienveillance dont aiment à se parer les intégrateurs-nés, faite de tolérance mielleuse et d’ostensibles bonnes intentions. Le film a le mérite de dire à quel point ces bonnes intentions peuvent blesser. Il n’est d’ailleurs jamais exclu que l’écran de tissu noir, serré tout autour d’une tête étonnement lisse, ne cache en définitive aucun mal et n’agisse qu’en tant que catalyseur. La nouvelle élève reçoit les prévenances de ses camarades de bien mauvaises grâce : le vinaigre monte jusqu’à une abjecte et arbitraire exclusion. Morale : la débauche de bons sentiments humilie et finit par produire l’effet inverse à celui escompté. Qu’un court film lycéen rassemble un tel panel thématique et une telle finesse d’analyse, voilà qui nous apparaît comme un petit miracle. Du coup, À chacun son masque, nourri aux hautes gloires d’un naturalisme français courant de Maurice Pialat à Abdelatif Kechiche, a presque éclipsé les autres très bons films de la compétition. Deux d’entre eux, Estaba escrito (C’était écrit) du Lycée Honoré de Balzac et Valse hongroise de l’École alsacienne, ont fait le pari salutaire d’une déterritorialisation. Quitte à sortir de l’enceinte du lycée, ils sont carrément partis à l’étranger. Tous deux en quêtes de racines, via leur personnage principal, leurs chemins bifurquent suite à la rencontre d’un autochtone qui leur ouvre les yeux sur un Pays. Douce France de Laura Cassarino, Kafong Chui et Elisa Geay du Lycée Sophie Germain, a lui aussi « fait le mur » : il s’intéresse (sur le mode documentaire) à une famille d’origine africaine, fraîchement naturalisée française. S’il souffre parfois d’un excès de méthode Coué – la redondance des passages où l’on loue le sol français semble par moment un exercice de conviction – Douce France l’emporte par son attention dévouée et attendrie envers les êtres filmés ; il en fait de véritables personnages de cinéma. Ce n’est pas rien.
Ainsi, qu’ils parlent d’eux-mêmes avec une objectivité acérée ou qu’ils procèdent d’une curiosité au monde les poussant au-delà des salles de classe, les films qui auront le plus convaincu cette année sont certainement ceux qui ont intégré le plus de risque, de doute, de surprise à leur fabrication collective. S’interrogeant à la fois sur leurs propres outils et sur ce dont ils pouvaient témoigner, leurs réalisateurs n’ont pas eu à prouver la haute estime de l’art où ils faisaient, ici, leurs premiers pas.
Mathieu Macheret
Bande annonce édition 2010
(réalisation Claude Barreau et Gérard Lefèvre)
6 juillet 2010 à 12 h 07 min
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